Hubert HENIN,
Résistant 40/45


La "Catastrophe de Marloie"
(21/05/1944)

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RENSEIGNEMENTS -"Réseau Athos"

En plus de ses activités dans la distribution de la Presse Clandestine et dans la résistance armée, il participa aussi à la ceuillette des renseignements susceptibles d'aider à la cause des Alliés. Ci-dessous, sa carte d'appartenance au réseau de Renseignements Militaires Athos.

Or, à l'époque, les Forces Aériennes Alliées, dans le cadre du "Transportation Plan" (partie de la plus ambitieuse "operation Point Blank") , lançaient de nombreuses et puissantes attaques stratégiques et tactiques, dont le but était, au jour du débarquement, d'empêcher les renforts allemands d'être rapidement acheminés vers le nouveau front de l'Atlantique! En plus de la démolition des moyens de défense aérienne (usines aéronautiques, terrains d'aviation...), les avions bombardaient systématiquement ponts, lignes de chemins de fer, gares, et même les trains en mouvement trouvés au hasard des missions... Le jour même (le 21 mai) commençait l'opération "Chatanooga", qui voyait un maximum de missions dirigées vers le réseau ferré, les gares de triage, les locomotives et le parc roulant. Tous les types de chasseurs-bombardiers furent envoyés sur le continent dans le cadre de missions "Rhubarb", chasse d'opportunité à tous les objectifs au sol...

Un Lightning P38 de l'USAAF, stationné en Angleterre, un chasseur-bombardier ayant survolé Marloie ce 21 Mai 44

Aussi, lorsque l'occupant, sentant proche le futur assaut allié contre le Mur de l'Atlantique, des munitions stockées jusque là près des côtes et dans les ports de la Manche et de la Mer du Nord commençèrent à être transférées via la gare de Marche dans un immense dépôt à ciel ouvert que l'on venait de constituer à Mochamps, dans la forêt entre Nassogne et Champlon/Ardenne. Pour alimenter le flux de camions nécessaires à ce transfert, un train d'essence (240.00 litres!) fut parqué dans la gare de Marloie (près des actuels chantiers Fruytier, semble t'il)!

Très rapidement signalé à Londres par la résistance via le réseau ATHOS, les Alliés planifièrent la destruction de ce train d'essence par un raid de chasseurs-bombardiers. En fin de matinée du 21 mai, une formation d'avions P47 Thunderbolt survola la gare, venant de la direction de Metz; l'un d'eux amorça son piqué et lâcha une seule rafale de ses mitrailleuses "Point 50". Et ce fut le début de l'apocalypse!
(il a toujours subsisté un petit doute quant à la réalité de l'attaque par P38... Certains affirment que l'avion attaquant était de type monocoque...)

"...j'ai vu, de mes yeux vu, deux avions double-queue à travers la fenêtre de la cuisine ou nous habitions route de Liège. Garanti. Ce dont je ne me souviens pas, c'est si je les ai vus avant ou après l'explosion. C'était la première fois que je voyais ce type d'appareil d'aussi près et il m'avait beaucoup frappé. Je séchais la vaisselle dans la cuisine avec maman après avoir dîné. Les avions venaient du pont de Verdenne en direction de notre maison en vol rasé ou presque.. Il est possible que je les aie vus avant l'attaque car les pilotes ont commenté qu'eux mêmes avaient été fort secoués par l'explosion `à laquelle ils ne s'attendaient pas. Dans mes souvenirs imprécis, les pilotes se sont excusés ce soir là à une radio anglaise. Cette nuit là notre maison chaussée de Liège s'est transformée en clinique de campagne...."
José Dachelet/ Mexico D.F. (9 ans en juin 44)

"....Papa avait 10 ans en 1944. Il habitait tout comme Joseph Dachelet, route de Liège (à côté de l'actuel Memo Bureau)
Joseph Dachelet habitait une maison actuellement démolie au niveau de auto 5 (Carrefour)
Il affirme que c’était bien un avion à double queues. De la route de Liège, il a vu le « champignon » de l’explosion de Marloie.
Dimanche après-midi, les sinistrés de Marloie sont arrivés directement à l’école communale des filles (Rempart des Jésuites) ainsi que dans les autres écoles pour se faire soigner.
Le lendemain, les allemands ont réquisitionné les hommes de Marche ayant des outils (pelles, pioches,..) et des environs pour aller déblayer Marloie.
Le lundi, les avions sont revenus et on a bien vu que c’était des avions à doubles queues...."

Marie-Pierre C.

Ci-dessous, un groupe de photos sur lesquelles on peut voir une partie des ruines de la Ferme Henin, rue sur la Fontaine


"Nous fûmes matériellement sinistrés complètement"

S'il n'y eu pas de morts à la maison familiale, Rue sur la Fontaine,
la famille dut trouver un logement de remplacement et emménager à Marche, au Rempart des Jésuites. Pierre Henin fut atteint à la tête (éclats de verre)
Le beau-frère de Hubert, Jules DUPUIS, perdit un oeil. Quant à Hubert, sévèrement blessé à la tête, il fut emmené à Marche où il fut soigné clandestinement. Les Drs Pierre Ledoux de Marche, et Naomé et Merget de Rochefort, sont cités dans le rapport qu'il a écrit peu après la Libération.

Voir également le site dédié à la catastrophe (photos diverses. origine: Valère GALLOY)

On voit qu'une annexe formait avec le bâtiment principal une petite cour le long de la voirie

La Ferme Henin (ancien relais de Poste) ruinée par l'explosion.
La perspective ne montre pas l'ancien bâtiment des coches, caché à droite par la végétation.

Une vue plus large qui montre mieux le bâtiment principal et son annexe, à droite. Qui se souvient?

(voir sur sur Wikipedia un exemple des moyens employés, dans un tel raid, mais aussi des résultats sur les civils! Notez la date!)

Récit de Jacques Dupuis, sur les lieux au moment du drame:

"...Au moment où survient l'explosion, Hubert est dans le local des cochers, à l'arrière du bâtiment, en compagnie de son frère Pierre; pour les laisser seuls, mon père Jules est venu nous rejoindre sur le seuil de la porte, maman, Tante Anne, et moi sur les bras de cette dernière. Nous regardions les avions. Oncles Pierre et Hubert avaient ramassé les débris des grands vitrages du local des cochers sur le corps et avaient le visage lacéré, tandis que mon père avait été éborgné. Il y avait beaucoup de morts dans la rue, et des blessés partout. Nos trois maisons, Hénin, Galloy, Neufcoeur ne comptaient pas de mort...heureusement. Mais tout le long de la rue des Sinistrés...que de morts ! Les adultes m'ont sorti vivant...mais drôlement sonné...les beaux avions de la RAF avaient mitraillé ce train allemand......"

Lire ci-dessous comment Hubert décrit les circonstances du 21 mai

".../...
... quand vers 11h30 eut lieu l’explosion du train . Nous fûmes matériellement sinistrés complètement mais nous n’avions pas de morts à déplorer. J’étais le plus grièvement atteint avec mon beau-frère (Jules Dupuis) . On nous transporta à Marche où j’échouais, (après plusieurs présentations où c’eut été très dangereux pour moi), à l’école communale des garçons où ma tante (Alix Pélerin-Maubeuge) était concierge. Je fus soigné là par les docteurs Ledoux de Marche, Naomé et Merget de Rochefort. Le soir, nous nous retrouvions tous chez ma sœur Marguerite Dachelet, route de Liège. Le lendemain, je reçus la visite de X19 (Joseph Leclercq, secrétaire communal de Rochefort) qui s’occupa de ce qui se trouvait à Marloie et fit évacuer, avec l’aide du bourgmestre Barnich de Rochefort et le camion des pompiers, tout ce qui pouvait être compromettant. Détail intéressant : ce sont 4 boches qui ont chargé le coffre fort dans lequel se trouvaient 150 détonateurs! J’étais donc chez ma sœur, mais trop près de chez C... (rexiste notoire) et je n’étais pas en point pour reprendre le maquis. Je dus alors me réfugier chez Mr. Geule, en dessous de la gendarmerie....
.../..."

Après la guerre, les résistants durent faire attester de leurs activités, et des éventuelles blessures encourues dans l'exercice de ces actes de résistance. Voir ci-dessous un détail qui pourrait éclairer d'un jour nouveau bien des questions à l'époque...

Notez que le signataire de l'attestation ci-dessus est le "Capitaine FREDDY",
en réalité, André MOYEN, un résistant natif de Resteigne.
Plus tard, il rejoindra les services de renseignements belges (SDRA); on le dit impliqué
dans la création des réseaux "Stay-Behind" (Gladio), et on verra la main de son organisation
dans l'élimination en 1950 du président du parti communiste, Julien LAHAUT...
En effet, malgré sa réputation de résistant à l'ennemi
(il est arrêté par celui-ci dès le 22 juin 1941), on sait que le PCB a obéi aux ordres
de Moscou quand ceux-ci enjoignaient aux militants communistes de respecter
les consignes "collaborationnistes" faisant suite au Pacte de Non-Agresssion Ribbentrop-Molotov...
Ne pas oublier, par exemple, la campagne anti-militariste précédant l'invasion du 10 mai,
et que la Russie Soviétique a approvisionné l'Allemagne nazie
en carburants et matières stratégiques jusqu'au 21 juin 1941!

En fait, l'attaque n'est qu'un résultat du hasard: ce sont des avions américains qui rentraient en Angleterre après une mission sur Metz, qui, voyant un train de marchandises (ils n'ont JAMAIS mentionné la présence du train d'essence, sans doutes camouflé sur la voie en bordure de la campagne du Gerny) en attente sur une gare, ont décidé de "faire une passe" à la mitrailleuse. L'aviateur, un major américain, n'a pas survécu, car il s'est écrasé 25 minutes plus tard à 15 Km de Charleroi!

Les Anglais sont passés le lendemain: il n'y avait plus rien!

Attention: dans son récit de l'observation de l'enrôlement de Jemelle en Juillet 41, Hubert dit qu'il se rend chez Nivette (ne pas confondre avec "Ninette", qui habitait Rochefort). Il s'agit en fait de Raoul NIVETTE, né à Hodister en 1901, époux de Marie Thérèse TOUSSAINT.
Ce dernier habitait au N°1 de la rue Grande, juste en face de l'ancienne Maison Communale de Jemelle. D'une des fenêtres à l'étage, il pouvait surveiller tout ce qui se passait dans les bureaux...

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21 Avr 2014 -- Révisé le 13-mai-15 . -- © Wallonia asbl
Remarques/Remarks : Charbin
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